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Viande et neutralité carbone : un duo de mauvais goût
Rédigé par Mathieu JAHNICH, publié le 23 janvier 2026

En novembre 2025 aux USA, deux des plus grandes entreprises du secteur de la viande, JBS et Tyson, dont les activités sont fortement émettrices de gaz à effet de serre, ont été contraintes d’abandonner plusieurs allégations climatiques pour éviter des poursuites judiciaires.
Des déclarations comme « zéro émission nette », « objectif de neutralité carbone » ou « viande de bœuf respectueuse du climat » étaient diffusées régulièrement dans des publicités, sur le packaging des produits ou sur le site web des marques. Mais elles n’étaient pas accompagnées d’éléments de preuves significatifs. Et, dans certains cas, aucune action concrète n’était prévue pour réduire les émissions !
Ces deux affaires traduisent la judiciarisation du greenwashing : les lois de protection du public contre les pratiques commerciales trompeuses, notamment en matière de communication climatique, permettent de faire reculer les entreprises. Apple en Allemagne et TotalEnergies en France en ont fait la même expérience récemment.
Tyson : des allégations trompeuses et trois fois plus d’investissements en publicité qu’en recherche

En septembre 2024, l’ONG américaine Environmental Working Group a déposé plainte auprès de la Cour Suprême des États-Unis contre le groupe agroalimentaire Tyson Foods. En cause : des déclarations commerciales « fausses ou trompeuses » à l’intention des consommateurs de Washington D.C. comme « viande de bœuf respectueuse du climat » ou « neutralité carbone d’ici 2050 ».
Lors de l’enquête Tyson a reconnu avoir communiqué à plusieurs reprises, sur son site web et dans des communiqués de presse, pendant près de quatre ans et demi, sur un engagement d’atteindre la « neutralité carbone d’ici 2050 » et sur la vente de « bœuf respectueux du climat », dans le but délibéré de tirer parti des préférences des consommateurs pour les produits moins carbonés.
Dans les faits, l’enquête a démontré que l’entreprise n’a pris que peu de mesures pour respecter ces engagements. Tyson a consacré moins de 0,1 % de son chiffre d’affaires à des efforts visant à réduire son empreinte carbone, principalement en R&D. Par ailleurs, l’entreprise dépense environ trois fois plus en publicité qu’en recherche.
Quant à l’allégation « viande bovine respectueuse du climat », elle ne repose que sur une réduction de 10 % des émissions de gaz à effet de serre pendant le processus de production, par rapport à d’autres produits à base de bœuf.
Finalement, en novembre 2025, l’entreprise a conclu un accord avec l’ONG pour interrompre les poursuites judiciaires. Pendant les cinq prochaines années, Tyson renonce aux allégations suivantes (à moins qu’un expert désigné d’un commun accord ne vérifie que ces allégations sont fondées et valables) :
- Déclarations relatives à son ambition, son engagement, sa promesse ou sa capacité à atteindre la neutralité carbone d’ici une certaine date.
- Valorisation de son programme de viande bovine « respectueuse du climat » ou du fait que ses produits auraient des émissions de gaz à effet de serre inférieures à celles de la viande bovine conventionnelle.
- Allégations de produits « respectueux du climat » ou « écologiques ».
« Cet accord renforce le principe selon lequel les consommateurs méritent l’honnêteté et la responsabilité des entreprises qui façonnent notre système alimentaire », a déclaré Caroline Leary, avocate générale et directrice des opérations chez EWG. « Le résultat montre clairement que les engagements climatiques des entreprises doivent être transparents, vérifiables et ancrés dans un changement réel. »
En savoir plus : communiqué de presse de l’asso EWG.
JBS : des promesses futures de neutralité carbone sans fondement

JBS est une multinationale brésilienne de l’industrie agroalimentaire. En particulier, le groupe est l’un des leaders mondiaux du secteur des viandes. En 2024, il a annoncé son engagement « zéro émissions nettes d’ici 2040 » et a diffusé plusieurs allégations fortes en publicité aux USA, notamment :
- « L’agriculture peut contribuer à la lutte contre le changement climatique. Du bacon, des ailes de poulet et des steaks sans émissions nettes. C’est possible. »
- « Nous réduirons nos propres émissions de 30 % d’ici 2030 et éliminerons la déforestation amazonienne de notre chaîne d’approvisionnement d’ici cinq ans. »
- « JBS atteindra la neutralité carbone en réduisant ses émissions directes et indirectes et en compensant toutes les émissions résiduelles. »
Toutefois, l’enquête du bureau de la procureure générale de New York a démontré que l’entreprise n’avait pas encore calculé son empreinte carbone totale, ni élaboré de plan pour mettre en œuvre cet engagement, ni déterminé si celui-ci était économiquement ou technologiquement réalisable. Ces allégations étaient donc sans fondement et enfreignaient les lois new-yorkaises sur la protection des consommateurs.
En novembre 2025, la procureure générale Letitia James a annoncé un accord avec l’entreprise. JBS USA versera 1,1 million de dollars pour soutenir des programmes agricoles qui aident les agriculteurs new-yorkais à adopter les meilleures pratiques pour réduire leur empreinte carbone, accroître leur résilience et améliorer leur productivité. L’entreprise devra aussi modifier les allégations et rendre des comptes chaque année au Bureau du procureur général, pendant 3 ans.
« Les New-Yorkais méritent de connaître la vérité sur l’impact environnemental des produits qu’ils achètent », a déclaré Letitia James. « JBS USA a fait des promesses ambitieuses concernant l’impact climatique de sa société mère, alors que celle-ci n’avait aucun plan concret pour les concrétiser. Mon bureau tiendra toujours les entreprises responsables lorsqu’elles trompent les New-Yorkais et nuisent à notre planète. »
En savoir plus : communiqué de presse du Bureau de la procureure générale de New York
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