Récepteur, public et citoyen

octobre 15, 2005

Si l’on s’intéresse à la façon dont les médias peuvent faire connaître les enjeux environnementaux, la question de la citoyenneté en matière d’environnement occupe une place non négligeable. L’objectif de ce dossier est de présenter les bases d’une réflexion sur ce thème et d’ouvrir des pistes de travail.

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Récepteur, public, citoyen : une interférence croissante

Les recherches en communication n’ont pas montré de lien direct entre les discours écologiques proposés par les médias et les préoccupations des individus qui constituent la société. Ces derniers possèdent leurs propres représentations qui sont dépendantes du contexte géographique, culturel dans lequel ils vivent et de leurs expériences personnelles. En revanche, l’approche constructiviste permet de montrer que chaque média diffuse un certain nombre de sujets environnementaux et que la nature de ceux-ci, et les contextes ou les cadres dans lesquels ils sont insérés, peuvent influencer le regard de chacun des citoyens.

Si, dans certaines recherches en communication, les analystes font une distinction réelle entre l’entité « récepteur » et l’entité « public », dans la mesure où la première se positionne uniquement par rapport à des discours médiatiques, il peut être intéressant de ne pas dissocier ces deux entités. En effet, la place qu’occupent les médias permet de souligner le caractère médiatisé de la société actuelle et, par conséquent, l’existence d’une interférence croissante entre les statuts du récepteur, du public et du citoyen. Ces trois entités sont difficilement séparables dans la mesure où on ne peut prévoir et connaître l’effet direct des discours médiatiques sur la construction des opinions publiques, et encore moins sur l’action mobilisatrice des citoyens.

Deux paradoxes

Mais prendre en considération les médias, c’est tenir compte au moins de deux paradoxes. Le premier concerne le fait que les médias généralistes, et particulièrement la télévision, doivent, pour cibler un large public, trouver un consensus lorsqu’ils relatent les faits d’actualités. Or, dans le domaine de l’environnement, les modes de vie et les représentations des individus sont très divers et influent sur les interprétations des discours médiatiques. Autrement dit, est-ce que les dimensions liées aux expériences et au vécu des personnes tendent, comme le souligne K. Eder [[K. Eder, « Sociologie de la politisation de la nature en France et en Allemagne » in Environnement et Energie : Mentalités et politiques comparées France-Allemagne, sous la dir. De R. von Thadden et B. Sauzay. Actes du colloque organisé sous l’égide du comité de la prospective d’EDF, Nancy, 1997, p.85-109]], à être éliminées au profit d’un consensus uniforme lorsque des problèmes sur des sujets environnementaux sont relatés par les médias ? Est-ce que ce consensus commun, s’il existe, ne serait pas lié au fait que l’environnement soit une catégorie qui fasse l’unanimité, car il s’agit de défense et de protection de l’environnement (comme la paix ou la santé) ? Ou bien est-ce que les médias vont prendre en considération les influences, les valeurs, les pressions des individus et permettre un forum de discussion dans le but de faire participer le citoyen aux décisions de l’environnement ? L’objectif est de voir comment les discours médiatiques qui s’inscrivent dans une relation entre producteurs et récepteurs tiennent compte du public visé.

Le deuxième paradoxe, et qui rejoint le premier, repose sur le fait qu’il y a une prise de conscience écologique en France alors que l’environnement n’est pas traité prioritairement par les médias. En effet, comme l’a montré A. Nedjar-Guir [[A. Nedjar, Thèse de doctorat de 3e cycle, Le thème de l’environnement dans les médias généralistes : l’analyse des cadres discursifs, ENS Lyon, thèse soutenue le 22 décembre 2000.]] dans sa thèse de doctorat intitulée « Le thème de l’environnement dans les médias : l’analyse des cadres discursifs », les sujets écologiques sont généralement relatés en fin d’édition de journal d’une part, et d’autre part, ils sont évoqués lorsqu’il n’y a pas de sujet politique, social, économique majeur dans l’actualité. Autrement dit, ce n’est pas le nombre et la diversité des sujets relatés qui importent le plus mais plus probablement la prise en compte des récepteurs dans les discours et la manière dont ces sujets sont traités par les médias.

Il existe, par ailleurs, un réel décalage, lié entre autres à des facteurs politiques et culturels, entre les données traduisant la prise de conscience des problèmes environnementaux en France et les faits renvoyant à l’action citoyenne, peu manifeste, des individus. On peut s’interroger ainsi sur la structure des discours qui serait responsable en partie de ce décalage entre prise de conscience et action civique.

En résumé, quelle est la place du récepteur dans les discours ? Les médias s’adressent-ils à un profil type de récepteur à la manière du Lecteur Modèle d’U. Eco [[U. Eco, Lector in fabula, Editions Grasset, Paris, 1985]] ou à une pluralité d’individus ? Ces récepteurs sont-ils pris en compte explicitement ou sont-ils suggérés à travers les discours ?

Des pistes de travail

L’intérêt de ces questions rejoint la problématique plus générale du rôle des médias dans la construction des enjeux environnementaux. En quoi ces derniers peuvent-ils être déterminés par la relation communicationnelle entre les producteurs et leur public ? C’est donc autant la nature des enjeux écologiques qui est concernée que la manière dont ces derniers sont présentés aux lecteurs ou aux téléspectateurs. D’où la nécessité, pour répondre à ces questions, d’adopter en partie une démarche axée sur l’analyse des discours, appuyée par des études en production et en réception. Pour un exemple de mise en œuvre d’une telle démarche, nous vous invitons à consulter la thèse d’A. Nedjar-Guir [[Nous vous invitons pour cela à contacter directement l’auteur :[akila.nedjarguir@sircome.org]]].

Mathieu Jahnich.

Consultant-chercheur

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