De la recherche à l’action politique

De la recherche à l’action politique

7 février 2020 Non Par Mathieu JAHNICH

Ma proposition de lancer et d’animer un groupe de travail sur les relations entre science et politique au service du développement durable a été acceptée par La Fabrique Écologique. La première réunion s’est tenue le 6 février 2020 et le projet de note est attendu pour la fin de l’année, pour une proposition au débat collaboratif début 2021.

Un groupe de travail sur les relations entre science et politique 

Depuis une quinzaine d’années, un volet de recherche scientifique spécifique au développement durable se développe fortement, la Sustainability Science, qui interroge les systèmes Homme-Société-Environnement, avec une approche transdisciplinaire et impliquée. Cela vient compléter les multiples travaux disciplinaires conduits depuis des dizaines d’années, tant en sciences dites dures qu’en sciences humaines et sociales : climatologie, géographie, biologie, écologie, géophysique, aménagement, sociologie, économie, sciences politiques, psychologie sociale, chimie, ingénierie, sciences des matériaux, océanographie, etc.

« Vous avez le devoir d’écouter les scientifiques, et c’est tout ce que nous vous demandons. Unissez-vous derrière les scientifiques. »

Conclusion de Greta Thunberg lors de son discours à l’Assemblée Nationale le 23 juillet 2019. 

Les politiques ont-ils la volonté et la capacité de se saisir des résultats de travaux de recherche pour éclairer leurs décisions ? Dans quelle mesure le processus de décision politique intègre-t-il ces résultats ? De leur côté, les scientifiques prennent-ils en compte les attentes et les contraintes des décideurs politiques ? Que pèse la science par rapport aux autres facteurs de décision ? Plus largement, quelles sont les relations entre science et politique ? Les résultats scientifiques sont-ils transmises aux décideurs publics et comment ? Les résultats sont-ils exploitables directement ou faut-il les transformer, de quelle manière et par qui ? Comment la science pourrait-elle être plus utile pour élaborer les politiques publiques de développement durable ? Telles sont les questions qui seront explorées par ce nouveau groupe de travail de la Fabrique Écologique.  

En particulier, la réflexion portera sur l’identification et l’analyse des obstacles et des moteurs aux échanges entre acteurs académiques et décideurs politiques, dans le domaine des recherches sur l’environnement et le développement durable mais également dans d’autres domaines (par exemple en santé publique), en France et à l’international. Citons notamment :

  • La difficulté à accéder aux travaux de recherche, qui sont majoritairement publiés dans des journaux académiques, en accès réservé, rédigé par des scientifiques pour des scientifiques, en anglais. 
  • Les passerelles existantes (publication de résumés pour décideurs, ateliers/conférences de valorisation des résultats d’un programme, rendez-vous de restitution et échanges interpersonnels, interventions dans les médias et traitement médiatique de fond…) et les voies à inventer ?
  • Le sujet de la rédaction de règlements ou de recommandations basés sur des résultats scientifiques, qui sont souvent en grand décalage.
  • Les questions de l’incertitude scientifique, de la nuance des résultats, des différents points de vue selon les disciplines à travers desquelles le « problème » est étudié, voire des possibles désaccords qui peuvent exister entre scientifiques.
  • Le risque de « mauvais » usage de la science à des fins politiques ou la question de la production « scientifique » par des lobbys pour orienter les décisions politiques (risque d’instrumentalisation des sciences).
  • Les perceptions des décideurs politiques sur la science et sur le fait scientifique, leurs méthode d’évaluation des risques (plutôt émotionnelle que rationnelle), leur formation et culture scientifique et technique…
  • La capacité des scientifiques à vulgariser leurs travaux, de traduire les résultats en éléments exploitables par les décideurs ; la responsabilité même des scientifiques dans la science qu’ils produisent.
  • La complexité de la prise de décision politique et de leur mise en œuvre, l’existence d’autres facteurs non fondés sur des résultats scientifiques qui influencent la décision : économiques, politiques, éthiques…
  • Les différences de temporalité entre le temps de la recherche (long) et celui de la politique (court voire très court dans les cas de décision en situation de crise).
  • La nature et le rôle des « interfaces » entre science et politique : organismes dédiés (type GIEC), chercheurs impliqués/engagés, conseillers politiques et experts, figures médiatiques comme Greta Thunberg, etc.
  • La capacité des entités chargées de politiques publiques (ministères, Régions, autres collectivités territoriales, agences diverses, etc.) à développer des agendas de recherche sur la base de leurs questionnements scientifiques et de les financer de façon autonome.

L’objectif du groupe de travail sera d’identifier les bonnes pratiques et les principaux écueils puis de formuler des recommandations concrètes pour que les travaux de recherche scientifique soient à la fois plus utiles et mieux exploités. Ces recommandations pourront s’adresser aux pouvoirs publics nationaux, aux décideurs des collectivités territoriales, aux acteurs de la recherche… Elles pourraient porter sur les moyens de faire évoluer les perceptions des acteurs mais aussi sur les leviers pour faire des recherches (encore) plus utiles, de les rendre plus accessibles, d’aider les décideurs économiques à mieux formuler leurs besoins, de susciter des temps d’échanges plus productifs… Conformément aux usages de la Fabrique Écologique, le projet de note issu des travaux du groupe sera ouvert au débat collaboratif, puis finalisé et publié sur le site Internet. Le groupe sera amené à réfléchir aux modalités complémentaires de diffusion de cette note afin d’augmenter les chances d’appropriation par les acteurs.

Les modalités de travail

Le groupe de travail est constitué d’une dizaine d’acteurs à l’interface entre les domaines de la recherche et de l’action, en lien avec le développement durable. Je les remercie de leur implication.

  • Cécilia BARBRY, Sociologie et conseil en politiques publiques
  • Xavier BRISBOIS, Chercheur-consultant en psychologie sociale
  • Julien BUEB, Chef de projet régulation environnementale, coût matière et transition écologique, France Stratégie
  • Élodie CHEVALLIER, Chercheuse-consultante en gestion et sens au travail
  • Isabelle COLL, Professeur des Universités en chimie et sciences de l’atmosphère, Université Paris-Est Créteil
  • Frédéric DENHEZ, Auteur, chroniqueur, conférencier sur les questions d’écologie et d’environnement
  • Jérôme DUPUIS, Maître de conférences, Université de Lille, consultant et spécialiste des relations entre scientifiques et décideurs publics
  • Thierry GIRARD, Chargé de mission environnement, Grand Annecy
  • Éric PLOTTU, Coordinateur recherche, Direction Exécutive Prospective et Recherche, ADEME (Angers)
  • Judith RAOUL-DUVAL, Consultante en valorisation et évaluation de programmes de recherche
  • Sylvain ROTILLON, Chef de mission Gouvernance de l’environnement Sciences et société, Ministère de la Transition écologique et solidaire
  • Jean-François SILVAIN, Président de la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité

Trois réunions sont prévues en 2020 (la première ayant eu lieu le 6 février). Conformément aux usages de la Fabrique Écologique, la note issue des travaux du groupe sera proposée début 2021 au débat collaboratif, puis finalisée et publiée.

Une quarantaine d’experts et de personnalités ont été / seront sollicités pour leur proposer de partager leurs réflexions et leurs retours d’expériences, sous la forme d’un entretien (téléphonique ou présentiel) ou d’une audition par le groupe de travail. Ils appartiennent à la sphère académique, politique, institutionnelle, expertise, communication… Leurs apports permettront d’orienter et d’enrichir les travaux du groupe.

La Fabrique écologique

Créée en 2013, La Fabrique Écologique, Fondation pluraliste de l’écologie, est un think & do-tank qui a pour objectif de promouvoir l’écologie et le développement durable sur la base de propositions pragmatiques et concrètes. Elle est présidée par Géraud Guibert.

Avec de nombreuses publications sur des sujets divers et un réseau de près de 800 experts répertoriés et actifs, ses travaux sont reconnus comme particulièrement sérieux et innovants. Exemples de sujets :

  • La transition énergétique, moteur du développement local
  • Écologie : comment parvenir au ministère des possibles ?
  • L’urgence climatique implique-t-elle l’autoritarisme ?
  • Comment agir vraiment contre l’obsolescence programmée ?
  • Quel rôle pour la forêt dans la transition écologique en France ? ​

En savoir plus : https://www.lafabriqueecologique.fr/